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L'info passée au crible
La manœuvre est facile, mais efficace. Ce vendredi 23 février, le porte-parole du gouvernement nigérien a annoncé devant les caméras la découverte de "caches d'armes de guerre" françaises. Selon les précisions du colonel-major Amadou Abdramane, l'arsenal en question aurait été retrouvé en début de semaine "dans une villa au quartier Tchangarey", situé dans la banlieue nord de la capitale, "occupée par des instructeurs militaires Français".
La cache "s'est révélée être un vrai centre d'opération militaire (...) destiné à mettre en place une stratégie de déstabilisation de notre pays", affirme le porte-parole du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), la junte militaire au pouvoir depuis le coup d'État du 26 juillet.
Cet internaute affirme à tort que la France entreposait des armes au Niger - Capture d'écran / FacebookUne accusation devenue virale, engendrant près de 13.500 réactions sur Facebook. Et qui vient discréditer la France. Paris "préparait un sale coup" dans le pays, comme l'écrit un internaute, "il aurait pu déclencher une guerre civile et des milliers de morts". Une affirmation dont plusieurs comptes influents de la sphère panafricaniste se sont saisis pour propager et amplifier la thèse d'un complot français visant à renverser le pouvoir. "Le néocolonialisme persiste dans ses funestes projets contre la souveraineté africaine", écrit par exemple Franklin Nyamsi, un écrivain connu pour ses positions très critiques à l'égard de la France. Mais que sait-on exactement de cet arsenal ?
L'annonce a été accompagnée de la diffusion d'un reportage par la chaine nationale RTN, dans lequel apparaissent les armes en question. Or, plusieurs indices laissent dubitatifs quant à leur origine. Les fusils visibles à l'image, des AR-18, ne correspondent pas à ceux utilisés par l'armée française. Certains gilets pare-balles portent quant à eux clairement le drapeau européen, comme le montre l'image ci-dessus. Et pour cause, selon nos informations, la perquisition a eu lieu le lundi 19 février au siège de la mission européenne EUCAP Sahel Niger, situé dans la capitale nigérienne. Un jour qui n'a pas été choisi au hasard, puisqu'il correspond à la date d'un entretien entre la juge Katja Dominik, la cheffe de cette mission européenne, avec les autorités putschistes.
Profitant de cette absence, un détachement de policiers et de gendarmes serait entré de force dans la villa qui héberge les locaux de la mission européenne. Lancée en 2012 dans le pays, celle-ci avait initialement pour mission de "renforcer le secteur de la sécurité intérieure au Niger", en coordination avec les autorités du pays. Au plus fort de son activité, près de 120 experts européens s'occupaient de former les policiers nigériens à la lutte contre le crime organisé, le trafic de drogue, le trafic d'armes et la traite d'êtres humains.
Désormais, ces armes étaient destinées à la protection des membres de la mission. Car le 4 décembre dernier, les putschistes au pouvoir ont remis en cause l'accord entre l'Union européenne et le Niger et demandé le départ de la mission dans les six mois. La mission européenne, à laquelle participent 16 pays différents, avait donc jusqu'à l'été 2024 pour se retirer du territoire. Une opération qui était en cours. D'après nos informations, 26 Européens, dont dix Français, devaient quitter le Niger la semaine dernière.
Les armes saisies à Niamey n'étaient donc ni "cachées", ni "françaises", ou du moins pas uniquement. Elles appartiennent à une mission européenne présente sur le territoire de manière coordonnée, et qui avait encore plusieurs mois pour se retirer. Une information confirmée par un porte-parole de la mission européenne au Der Spiegel. Dans le quotidien allemand, le correspond à Niamey précise par ailleurs que les policiers nigériens "n'avaient pas de mandat de perquisition et n'ont donné aucune raison pour la perquisition". "Ils ont emporté des équipements de protection européens ainsi que des armes légères et des munitions."
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En réalisant cette perquisition, l'aile dure de la junte empêche en fait la mission de pouvoir rapatrier ses équipements du Niger. Une opération qui répond à deux objectifs. Le premier est d'ordre matériel, puisqu'il permet à la junte de s'emparer de cet arsenal, comme le relève une source militaire auprès de TF1info. Le second est d'ordre stratégique : la saisie de cet armement s'inscrit dans une attaque informationnelle...
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